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Le noir émoi ...

Passionnée de littérature noire, retrouvez les chroniques des livres que j'ai aimés un peu, passionnément voire à la folie. Bienvenue au coeur de mes noirs émois ...

LES FANTÔMES DU DELTA d'Aurélien Molas

Publié le 21 Décembre 2012 par Carine Boulay

Est-il possible aujourd’hui au 21ème siècle d’avoir des idéaux, et si oui à quel prix ? Voilà le point de départ de la réflexion d’Aurélien Molas, quant à l’écriture de ce remarquable ouvrage, LES FANTÔMES DU DELTA.

LES FANTÔMES DU DELTA d'Aurélien Molas

Août 2003, le père David, français d’origine, est le directeur de l’orphelinat catholique des Petits Frères du Peuple situé à Owerri, dans le delta du Niger. Par un soir de tempête, une femme se présente à l’orphelinat en lui affirmant que le petit paquet qu’elle serre contre son sein est sa fille, Naïs. Désignée comme une sorcière, elle affirme que la vie de son enfant est menacée. Le prêtre lui promet de la protéger.

Un an plus tard, sur décision du gouvernement, l’orphelinat catholique du père David a fermé ses portes. Les prêtres qui s’en occupaient ont été chassés par le gouvernement, et depuis, c’est l’Etat qui en a repris la direction.

Juin 2006, Henry Okah, l’un des généraux du M.E.N.D (Movement for the Emancipation of the Niger Delta) et ses hommes viennent enlever Naïs à l’orphelinat. Ils capturent également deux ressortissants français, Benjamin Dufrais et Jacques Rougée appartenant à l’association humanitaire Médecins Sans Frontières. Mandatés par l’UNICEF pour vacciner les enfants contre la rougeole et établir des statistiques sur la malnutrition dans cette région, les deux médecins français vont se retrouver pris dans des conflits inter-ethniques et inter-religieux. Dépassés par les enjeux internationaux sur fond d’exploitation pétrolière, ils vont lutter pour sauver une fillette atteinte d’une maladie rarissime.

« Il avait vu couler assez de sang pour changer à jamais la couleur de tous les fleuves de ce continent, il avait vu des machettes ouvrir des visages en deux comme de vulgaires melons, il avait vu brûler des femmes et des enfants inondés d’essence, et il avait toujours trouvé en lui le courage de faire face et d’affronter ses peurs. C’était peut-être la foi qui l’avait empêché de basculer dans la folie, peut-être aussi cette croyance indéfectible qu’un homme devient mauvais parce qu’il souffre. Mais ni la foi ni la croyance ne l’épaulaient face à la terreur que lui inspirait cette enfant. »

« Un auteur à suivre … » voilà les mots avec lesquels j’avais clos ma chronique concernant l’excellent premier roman d’Aurélien Molas, LA ONZIEME PLAIE. C’est donc avec grand intérêt que je me suis plongée dans cette nouvelle lecture.

Aurélien Molas nous propose un roman très sombre, dans lequel il s’inspire pour une grande partie, de faits et évènements historiques véridiques et de personnages existants, pour retracer l’histoire de cette fillette, Naïs.

Cet admirable récit nous emmène en Afrique, plus précisément dans le Delta du Niger. Cette zone pétrolière qui se trouve à l’embouchure du fleuve Niger au Nigeria, détient du pétrole de très bonne qualité que les multinationales exploitent coûte que coûte et qui en fait par là même, une zone dangereuse. Un territoire où le MEND lutte pour reprendre les terres spoliées par les compagnies pétrolières étrangères, afin de rentrer en possession de leurs terres ancestrales « le territoire des ombres ». Où, des médecins humanitaires, au péril de leur vie vont tout faire pour sauver cette enfant dont les données génétiques intéressent grandement les scientifiques.

C’est avec ravissement que j’ai été prise dans un tourbillon d’images avec des paysages où la moiteur des marécages côtoie les terres brûlées et où l’immensité aride révèle une solitude extrême. Les personnages sont atypiques, et chacun à leur manière ils luttent à travers leurs vocations. La maladie rarissime dont est porteuse la fillette m’a fait gamberger, mais elle ne nous est dévoilée que dans les toutes dernières pages.

LES FANTÔMES DU DELTA est un roman de choix, tant par les qualités du décor, que celles des personnages ou bien encore celles de son intrigue.

A travers différents idéaux, l’humanitaire, la foi ou bien encore le combat des guérilleros, Aurélien Molas nous embarque dans une épopée absolument extraordinaire qui donne matière à réflexion.

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LES FANTÔMES DU DELTA d'Aurélien Molas

LES FANTÔMES DU DELTA

Editions Albin Michel

Roman noir

516 pages

Aurélien Molas est né le 4 Octobre 1985 à Tarbes. Après le bac, il part vivre à Madrid, avant de poser ses bagages à Paris où il réside. Etudiant, il gagne sa croûte en étant alternativement public d’émissions sur Télémadrid, pigiste et plongeur dans un restaurant de moules-frites. Cette période lui inspirera un texte court « Génération trou noir » qui fut lauréat du Prix du Jeune Ecrivain. Mais ses véritables débuts dans le monde de la littérature se font avec une seconde nouvelle, policière cette fois-ci, primée dans un festival breton et grâce à laquelle il est publié dans un recueil réunissant des pontes du genre tel que Claude Mesplède ou Marcus Malte. Fort de cette expérience, il se lance dans un travail d’enquête préalable à l’écriture d’une version longue : La onzième plaie dont le manuscrit sera accepté par les éditions Albin Michel et publié en 2010. Suivra Les fantômes du Delta …

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THALAMUS de Stéphane Gérard

Publié le 10 Décembre 2012 par Carine Boulay

THALAMUS de Stéphane Gérard

Hélène et Laurent, jeune couple strasbourgeois apprennent qu’ils vont enfin devenir les heureux parents de jumeaux. Cela fait des années qu’Hélène attend ce moment, tant qu’elle ne l’espérait plus.

Une bonne nouvelle brusquement ébranlée, par la découverte de la tumeur au cerveau dont est atteint Laurent. Une forme de tumeur maligne, une des plus graves qui soit. A ce stade, un seul recours, l’intervention chirurgicale.

Lors de son accouchement, Hélène perd un des jumeaux et l’état de santé de Laurent se dégrade petit à petit. Malgré l’ablation complète de la tumeur, il décline chaque jour un peu plus et dépérit à vue d’œil.

C’est Françoise, collègue et amie d’Hélène, qui va par hasard tomber sur un article, la laissant perplexe. Ce professeur de sciences décide alors de transformer ses doutes en certitudes quant à un éventuel lien avec la maladie de Laurent, mais surtout d’y trouver une explication. Les réponses qu’elle trouvera la feront basculer dans l’effroi.

Notre évolution n’est pas terminée. Il reste encore beaucoup à découvrir. Il nous faut devenir les explorateurs de notre propre intérieur.

Une femme à l’état de légume est internée à l’hôpital de la Colombière, service de psychiatrie à Montpellier. Après maints examens, aucune cause physiologique n’a pu être mise à jour. Pas d’accident, pas de maladie ni de quelconque syndrome. Rien. L’état de cette patiente semble résulter d’une volonté délibérée et chronique de ne plus parler, ne plus bouger, ne plus s’alimenter, ne plus vivre. Maints spécialistes se sont relayés à son chevet pour la sortir de cette léthargie mais sans succès.

Stéphane Gérard nous ouvre les portes de cette aventure « thalamique » sur ce prologue qui aiguise grandement la curiosité.

Me voilà donc parachutée dans la vie d’un couple, dont l’attirance des contraires fait la force, celui d’Hélène et de Laurent. Lui, artiste dans toute sa splendeur, tête en l’air, marginal, hors de la réalité, tout à ses toiles et à ses sculptures. Elle, professeur de français, rigueur de la pédagogue et les pieds sur terre. Un couple hyper attachant, qui après le présage d’un bonheur annoncé avec la découverte de la grossesse d’Hélène, va vivre un véritable cataclysme avec la maladie de Laurent.

J’ai été très sensible tout au long du récit, aux différentes ambiances. Stéphane Gérard réussi avec habileté à nous faire passer d’une émotion agréable à une sensation de malaise et pratique avec aisance ce juste équilibre tout au long du récit. Les personnages jouent un rôle essentiel dans cette perception, car le moins que l’on puisse dire c’est que les personnages sont hauts en couleur.

L’exubérante et excentrique Françoise est l’amie fidèle. Cette bombe anatomique à l’assurance diabolique, possède une délicatesse linguistique peu commune et délicieusement caustique. La détestable et castratrice Rose est la mère de Laurent. Une femme incapable de manifester un semblant d’amour à ses enfants. Le passionné et ordonné Jeffrey est le frère de Laurent. Un des neurochirurgiens les plus réputés, admiré par son personnel, reconnu par ses pairs, cité en exemple par ses maîtres qui s’est longtemps torturé les neurones à propos de sa sexualité.

Mais Stéphane Gérard ne se contente pas de nous placer ces étonnants personnages. Grâce à ses bons mots, quelques sympathiques comparaisons et métaphores, la lecture est d’une extrême fluidité et le contenu scientifique se fond complètement et harmonieusement dans cet ouvrage.

Stéphane Gérard signe avec THALAMUS un premier ouvrage surprenant et réjouissant, avec moult qualités qui donnent une dimension particulière à ce thriller d’anticipation. Bref j’ai adoré !

Quelques extraits, juste pour le plaisir ...

« ça te dirait un plan à trois ? » Hélène à Laurent pour lui annoncer sa grossesse.

« sur le palier se tenait une femme sèche et austère, raide comme un tisonnier un jour d’hiver, au visage fermé et hautain qui aurait fait fondre d’effroi la plus tenace des banquises, si le réchauffement climatique ne s’en était déjà occupé »
arrivée de la belle-mère d’Hélène à un repas de famille.

« je suppose que la pintade d’élevage sera là » Françoise en parlant de la belle-mère d’Hélène.

« la prof de philo archétype de la vieille fille syndicaliste aussi radieuse qu’un pneu crevé » à propos d’une collègue.

« mais oui répondit poliment Hélène à une Dominique qui était à la pédopsychiatrie ce qu’était un cheeseburger à la diététique » à propos d'une voisine de sa mère.

THALAMUS de Stéphane Gérard

THALAMUS

STEPHANE GERARD

Editions Les Nouveaux Auteurs

Thriller

490 pages

Stéphane Gérard est né le 17 mai 1973. Il enseigne les Lettres Modernes à des adolescents auxquels il s’escrime à expliquer que Zola ou Baudelaire ne sont ni des héros de télé-réalité ni des joueurs de foot ! Avec passion … Les deux meilleurs moyens de s’évader sont pour lui lire et écrire. Il aime Zola pour son sens de l'observation, Baudelaire pour son spleen, Voltaire pour sa causticité, Süskind pour son parfum, Nothomb pour sa folie mais aussi Descosse, Chattam, Serfati, Grangé pour leur créativité. Il aime peu de choses ... mais énormément, il déteste beaucoup de choses ... et entièrement. Il a été le lauréat d'un Prix Régional de nouvelles en 2007. En projet un deuxième thriller sur un sujet inédit, au titre provisoire : « Jusque là, tout va ... »

Stéphane Gérard nous présente THALAMUS ...

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CHARITE BIEN ORDONNEE d'Alexis Aubenque

Publié le 3 Décembre 2012 par Carine Boulay

Partie à la découverte d’Alexis Aubenque avec son excellente trilogie River Falls, j’ai poursuivi avec le tout aussi bon CANYON CREEK. Une nouvelle fois séduite, je poursuis mon petit bonhomme de chemin en embarquant cette fois-ci pour Seattle, l’une des plus grandes villes de la côte pacifique des États-Unis …

CHARITE BIEN ORDONNEE d'Alexis Aubenque

Cela fait maintenant quatre mois que l’ancien shérif de River Falls, Mike Logan a pris ses fonctions à Seattle. Chef du département homicides, il est confronté à la mort de Brandon Foster, étudiant en beaux-arts. Son cadavre vient d’être découvert à son domicile, par un de ses copains d’université, un coup de couteau en plein cœur.

Il confie l’affaire à sa meilleure équipe, Angelina Rivera et Dean Nelson. C’est en découvrant le nom de sa petite amie secrète, que l’enquête va s’orienter rapidement vers la famille la plus influente de la ville, les Winedrove. Ils comprennent alors que les ennuis commencent.

CHARITE BIEN ORDONNEE est le premier volume des « Nuits noires à Seattle ». Nous y retrouvons Mike Logan, le shérif et héros de la trilogie River Falls. Ici, il devient un personnage secondaire et laisse le premier plan à ses deux lieutenants, Angelina Rivera et Dean Nelson, qu’il a choisi pour enquêter sur ce meurtre.

C’est en arrêtant la principale suspecte dans cette affaire, Sandy Winedrove, qui était liée de façon intime à la victime, que Dean Nelson fait un bond de dix ans en arrière.

A l’époque, il était considéré comme un membre de cette famille. Lui et Tyron Winedrove, l’aîné rebelle de la famille, étaient comme des frères et il filait le parfait amour avec la douce Deebie Winedrove. Elle l’avait quitté au profit d’un autre, lors du décès de ses parents, au moment où il avait eu le plus besoin d’elle. A sa majorité, Dean avait pu hériter sa part des biens de ses défunts parents et avait souhaité couper les ponts avec les membres de cette famille.

Alexis Aubenque nous entraîne dans le monde des hyper-riches qui sera le théâtre d’un drame familial. Bienvenue dans l’univers impitoyable d’une famille richissime, les Winedrove.

L’auteur nous présente une galerie de personnages, tout droit sortis d’une série américaine. Charles, le père tyrannique au bras long ; Elisabeth, l’épouse docile ; Tyron, l’aîné rebelle ; Deebie, la jeune femme modèle ; Julian et Sandy les benjamins oisifs et fêtards ; Stanley Warren, l’un des meilleurs avocats de la ville qui doit réussir l’impossible et Dean Nelson, le flic atypique qui a choisi d’élucider des meurtres, plutôt que de profiter de sa fortune.

Une enquête en ouverture de roman qui sert de prétexte à Alexis Aubenque, pour nous plonger dans un monde où l’argent a corrompu le moindre des rapports humains. L’argent, qui n’était à l’origine qu’un moyen d’échange, est devenu peu à peu le moyen absolu de tout posséder. L’argent, est un symbole : celui de la puissance. Alors, l’argent rend la vie plus confortable certes, mais rend-t-elle nécessairement son propriétaire heureux ?

C’est à travers cette saga familiale que l’adage « l’argent ne fait pas le bonheur » prend tout son sens.

Alexis Aubenque, nous régale une fois encore en appliquant la même formule que dans ses précédents ouvrages. Dextérité pour nous faire entrer dans l’univers de ses personnages, fluidité dans l’écriture, souplesse dans le déroulement du récit et cerise sur le gâteau un dénouement qui m’a sidéré !

Je terminerai avec ce proverbe chinois, qui à mon avis se passe de commentaire.

L'argent est une richesse morte, les enfants sont une richesse vivante.

CHARITE BIEN ORDONNEE d'Alexis Aubenque

Le second volet des « Nuits noires à Seattle » est prévu pour janvier 2013 et s’intitule POUR LE BIEN DES ENFANTS aux Editions Calmann-Lévy.

CHARITE BIEN ORDONNEE d'Alexis Aubenque

A noter également la sortie en poche de CHARITE BIEN ORDONNEE en janvier 2013 aux éditions Le Livre de Poche.

CHARITE BIEN ORDONNEE d'Alexis Aubenque

CHARITE BIEN ORDONNEE

Alexis Aubenque

Editions Calmann-Lévy

540 pages

Alexis Aubenque 41 ans, est originaire de Montpellier. Après des études de sciences économiques, il avait le choix entre être banquier ou essayer de vivre de sa passion. Il n’a pas longtemps hésité et il monte à Paris en 1999 avec des manuscrits sous le bras. Dix ans plus tard, il revenait dans son sud natal et se consacrait exclusivement à l’écriture. Il a inauguré en 2002 un cycle romanesque de science-fiction avec « La chute des mondes », space opera se déroulant au XXVIIe siècle dans une fédération galactique regroupant 250 mondes habités. En 2006, il débute un cycle reprenant les thèmes majeurs de « La chute des mondes » intitulé « L'Empire des étoiles », à savoir la réapparition d'un société féodale dans un univers futuriste où l'humanité a depuis longtemps quitté la Terre pour s'installer sur de nouvelles planètes.Il démarre dans le thriller en 2008 avec « 7 jours à River Falls », le premier tome d’une trilogie centrée sur le shérif Mike Logan et sa compagne Jessica Hurley, profileuse au FBI. Suivra « Un automne à River Falls » qui recevra le prix du polar de Cognac en 2009, « Un noël à River Falls » en 2010, « Charité bien ordonnée » en 2011 et « Canyon Creek » en 2012.

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