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Le noir émoi ...

Passionnée de littérature noire, retrouvez les chroniques des livres que j'ai aimés un peu, passionnément voire à la folie. Bienvenue au coeur de mes noirs émois ...

DES NOEUDS D'ACIER de Sandrine Collette

Publié le 24 Février 2013 par Carine Boulay

Je vais vous expliquer cette histoire sans queue ni tête, aberrante, anachronique. Laissez-moi vous parler de Basile et de Joshua, et de ce que j’ai vécu depuis le mois de mai dernier.

DES NOEUDS D'ACIER de Sandrine Collette

Je m’appelle Théo Béranger et j’ai quarante ans. Je suis enfermé dans la cave de deux vieux fous, dans le trou du cul du monde. Ces malades veulent faire de moi leur esclave. Privé d’eau et de nourriture, des jours et des semaines ont passé, épuisants de travail et d’insultes.

Quelques jours auparavant, je sortais de prison. Je viens de passer dix-neuf mois au trou pour avoir massacré mon frère qui a couché avec ma femme. Ce type arrogant, ce chirurgien talentueux promis à un bel avenir, est maintenant cloué dans un fauteuil. Je ne regrette pas ce qu’il est arrivé, je n’ai aucun remord.

La prison n’est pas la vie ordinaire. J’ai passé dix-neuf mois au seuil de la violence, au bord du gouffre. Certains ressortent écrasés par la prison, d’autres endurcis. Je suis de ceux-ci. Aujourd’hui, je me trouve dans une situation tellement démente, que je n’y crois pas. J’ai résisté à la prison, je me jure d’échapper à mes geôliers.

L’histoire de Théo, ce sont des hommes qui l’ont commise, comme on commet un meurtre, oui comme cela. C’est aussi la vérité que j’ai voulu rétablir. Je m’y suis sentie obligée. À l’échelle de l’humanité c’est peu de chose. Je le sais. Mais je me fous de l’échelle de l’humanité.

Ce type violent, "elle" n’a vraiment pas envie de le sauver. C’était sans compter que c’est "elle", qui a recueilli le corps entre ses mains, après. Encore "elle", qui lors de sa convalescence à l’hôpital a hérité de son journal intime. Alors, afin d’apporter un témoignage et parce qu’elle en ressent le devoir, "elle" retranscrit la lente descente aux enfers de Théo. C’est à travers "ce docteur" dont on ignore tout, que l’auteure nous ouvre les portes de ce qui a été « L’affaire Théo Béranger ». Un huis clos absolument abasourdissant, dont on ressort totalement vidé.

Tout commence alors que Théo décide de se retirer dans une région déserte. Un coin isolé où les arbres, les vallons et les chemins de randonnée composent l’intégralité du paysage. Logé chez la prévenante et aimable Madame Mignon, il découvre avec allégresse la région grâce aux randonnées qui lui permettent d’expier ses idées noires. Au cours d’une de ses balades, il découvre un passage improbable donnant sur une maison a priori abandonnée. Il est accueilli par un vieil homme armé d’un fusil, qui une fois rassuré sur les intentions de Théo l’invite à prendre un café. Trou noir. À son réveil, il est enchaîné. Jour après jour, il va faire les frais de la folie et des sévices de deux vieux cinglés, Basile et Joshua.

Sandrine Collette a rédigé son livre à la première personne du singulier. J’ai un faible pour cette technique littéraire qui crée un contact considérable avec le lecteur, je dirai presque même une intimité. Théo va ainsi nous livrer ses émotions et ses sentiments quant à sa séquestration, et pour le coup, c’est d’une effroyable intensité. Il pensait avoir vécu le pire, mais il se rend compte que ses dix-neuf mois de prison ont été de la rigolade. Une histoire démesurée qui le plonge en premier lieu dans l’incrédulité. Puis c’est la panique qui le submerge, pour finalement laisser place à une totale résignation. C’est humilié et impuissant qu’il se prend de plein fouet le mépris de ces deux frères qui l’appellent « le chien », le sifflent et lui balancent des restes de nourriture qu’ils ont déjà léchés sans vergogne. Face à ces deux tyrans, toute trace d’humanité a disparu. Sa seule hantise, c’est de survivre.

Je ne suis plus qu’un reste d’humanité. Une entité qui ne pense qu’à manger, boire et dormir, à éviter les coups, et à se relever le lendemain. Les vieux avaient raison. Je ne vaux pas beaucoup plus qu’un chien. Je ne suis même pas affectueux. Je suis de la race de ces bêtes galeuses qu’on attache au bout d’une chaîne et que personne ne veut plus caresser. Ce que je suis devenu, c’est aux vieux que je le dois. Toute ma souffrance et toute ma déchéance, ce sont eux qui les ont faites. J’espère de toutes mes forces qu’il existe quelque chose au-delà qui pourra me venger. Au nom de la haine qui me sera restée jusqu’au bout, même sans force, et sans volonté. Un peu de justice.

DES NŒUDS D’ACIER est le premier livre de Sandrine Collette. Et quel ouvrage ! Waouh … C’est littéralement fascinée et à une cadence infernale que je l’ai englouti. Difficile de le poser, l’envie irrépressible d’avancer encore et toujours pour être libérée, enfin presque …

L’auteure a l’art et la manière de nous planter le décor ainsi que les personnages, je dirais d’elle que c’est une « créatrice d’ambiance ». C’est avec finesse et sans garniture inutile, que Sandrine Collette nous livre un récit d’une crédibilité terrifiante, dans une atmosphère des plus sombres.

Un résultat puissant pour une lecture émotionnellement forte qui fait DES NŒUDS D’ACIER mon premier coup de cœur de l’année.

DES NOEUDS D'ACIER de Sandrine Collette

DES NOEUDS D'ACIER

Sandrine Collette

Editions DENOËL - Collection Sueurs Froides

265 pages

Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage sa vie entre l’université de Nanterre et son élevage de chevaux dans le Morvan. DES NŒUDS D’ACIER est son premier roman.

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LA FILLE AUX SEX-TOYS d'Éric Robinne

Publié le 16 Février 2013 par Carine Boulay

LA FILLE AUX SEX-TOYS d'Éric Robinne

C’est lors d’une soirée libertine, que Brigitte jeune femme raffinée aux courbes attrayantes, comprend à quel point son corps peut devenir une arme redoutable. Cette expérience la convainc qu’elle peut trouver matière à vivre convenablement si elle s’en donne les moyens, tout en cherchant à atteindre son but ultime et régler les comptes avec son passé.

Puis, il y a cette rencontre. Anormale, intrigante, imprévue. Pourquoi cet homme d’un certain âge lui propose tout cet argent ? Elle va devenir riche. Elle accepte très vite le marché, trop tentant !

Mais Brigitte disparaît ainsi qu’Andréa, la petite amie du lieutenant Matthieu Guillaume. Pour tout indice : un bras découpé au niveau du coude ainsi qu’une caisse contenant un nombre impressionnant de sex-toys.

Le lendemain, un camion transportant de l’acide fluorhydrique se volatilise. Le chauffeur, tué à l’arme blanche est retrouvé dans un fossé sur le bas-côté d’une aire de repos.

La disparition de Brigitte et d’Andréa, le vol du camion d’acide fluorhydrique, le meurtre d’un routier, tous ces évènements seraient-ils liés ? C’est en tout cas ce que Matthieu et son partenaire Julien vont tenter de découvrir.

LA FILLE AUX SEX-TOYS est le deuxième volet de la série policière -composée actuellement de cinq livres- d’Éric Robinne et la suite d’UN ÉTÉ TROP TRANQUILLE. Éric Robinne nous embarque cette fois dans une intrigue sur fond nucléaire, ce qui n’est d’ailleurs pas du tout évident à la lecture du titre, mais ce choix n’est -bien évidemment- pas anodin de la part de l’auteur.

Nous y retrouvons Matthieu Guillaume, muté du commissariat de Tours à la Brigade de Répression de la Délinquance Économique (la BRDE) installée à Paris. À ses côtés Julien, son coéquipier avec qui il a développé une amitié sincère et indéfectible et Andréa, sa petite amie rencontrée vers la fin de sa précédente et première grosse enquête. J’avais déjà beaucoup apprécié ce personnage dans le premier volet et l’occasion m’est donnée de le découvrir plus en profondeur dans ce second titre. Avec la disparition de sa petite amie, le côté affectif apporte une épaisseur supplémentaire au personnage.

La trame de LA FILLE AUX SEX-TOYS est identique au premier volet : démarrage rapide, présentation d’un certain nombre de personnages et intrigue qui s’enrichit au fil des pages. J’aime ce côté « carré » que j’ai retrouvé dans les deux titres d’Éric Robinne. Le décompte et la chronologie des dates, mais aussi l’avant-propos dans lequel il nous fait un petit topo sur l’uranium, introduisant ainsi le début de son roman.

Éric Robinne combine plusieurs histoires et multiplie donc les personnages, en prenant le risque d’aller au casse-pipe, mais grâce à la fluidité de son écriture, la rigueur et la minutie dont il fait preuve à l’égard de son intrigue, il nous conduit sans temps mort vers le dénouement.

Enfin, je suis contente de constater que les coquilles disséminées ici et là dans son premier roman ont quasiment disparu dans celui-ci. Une nouvelle fois, j’ai passé un agréable moment de lecture !

LA FILLE AUX SEX-TOYS d'Éric Robinne

LA FILLE AUX SEX-TOYS

Éric Robinne

Éditions Aleumar

Policier

474 pages

Site de l'auteur

Éric Robinne est né le 3 novembre 1955, à Rouen. Marié, 3 enfants, Ingénieur agricole, il poursuit, en dehors de l'écriture, sa carrière professionnelle en tant que directeur des restaurants administratifs de Paris depuis 2004. Il partage sa vie entre Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme où il demeure le week-end et pour ses loisirs, et la capitale. Eric Robinne n'a pas l'âme d'un téléspectateur, sauf pour regarder les émissions littéraires ou celles qui pourraient être source d'inspiration. Ce qui lui laisse le temps de s'adonner au footing (nombreuses courses locales et semi-marathon de Paris), de hanter les salles de cinéma en quête de films d’actions, policiers, ou fantastiques, et bien sûr de lire des auteurs aussi variés que Henning Mankell, Fred Vargas, Harlan Coben, Jean-Christophe Grangé, Maud Tabachnik, Jérôme Camut et Nathalie Hug ou encore Franck Thilliez. Il apprécie également les œuvres d’auteurs plus classiques tel Jean d’Ormesson, ou de journalistes comme Franz-Olivier Giesbert. Il utilise ses derniers temps libres et bon nombre de ses soirées à l’écriture. Dans sa jeunesse, la poésie l’a beaucoup inspiré. Bien plus tard, suite à une sorte de défi lancé par son fils, il s'est lancé dans l'écriture de romans policiers en 2005. Il a délibérément choisi de les inscrire autour de faits divers ou d’événements politiques de la vie française. Ces livres forment une série mais chaque histoire est indépendante des autres. Le héros reste le même tout comme le « méchant ». Cinq romans sont disponibles à ce jour. Un sixième est en préparation et s’inspirera de la crise financière de 2011.

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LE BRAS DU DIABLE de Julie Waeckerli

Publié le 8 Février 2013 par Carine Boulay

LE BRAS DU DIABLE voit le jour, quand Julie Waeckerli découvre un genre qu’elle n’apprécie pas spécialement, le thriller. C’est la lecture « Le 5ème règne » de Maxime Chattam qui lui donne l’envie de se lancer. Deux années d'écriture, deux années de correction et 700 pages plus tard, son thriller est né …

Du jeu à la réalité, il n’y a qu’un pas pour que le mal se réveille !

LE BRAS DU DIABLE de Julie Waeckerli

Été 2010, en Alsace

Alors qu’un groupe d’adolescents s’adonne à des séances de spiritisme, une gamine de 16 ans est retrouvée violée et battue à mort dans une rue de Sainte-Aude. Victime d’une grave hémorragie, elle succombe le lendemain à l’hôpital.

Dans la même semaine, plusieurs meurtres s’enchaînent avec une violence graduelle. L’assassin ne laisse aucune trace, à part de mystérieux messages signés de la lettre A, qu’il place près des corps des victimes.

Un groupe de délinquants détraqués, se faisant appeler « le gang » terrorise depuis quelque temps la ville et les villages alentours. C’est à Eddy Carver, officier de police judiciaire et à son coéquipier Tom Edylan, que « l’affaire du gang » est confiée.

Parallèlement, un vieil homme atteint d’Alzheimer voit des flashs de son passé ressurgir : la guerre d’Algérie et ses tortures … laissant présager de terribles secrets.

LE BRAS DU DIABLE est un thriller composé de deux thèmes totalement distincts. Le premier est l’ésotérisme, pour lequel l’auteure a une véritable passion et le second est la guerre d’Algérie, sujet par lequel elle ouvre son roman.

Les ténèbres l’enveloppaient. Un arôme de supplice flottait entre les murs, comme un goût de sang sec et intarissable. Dans la petite pièce, l’obscurité déployait ses bras de monstre, et engloutissait tout espoir de revoir le soleil … Depuis trois jours elle l’avait attendue, appelée, provoquée, mais la Faucille capricieuse refusait sa demande. Elle ne la laissait pas partir et accentuait sa souffrance … Elle était innocente, mais les militaires français s’en moquaient. Il n’y avait aucune loi pour leur interdire la torture … Soudain, la porte de la pièce s’enfonça. La lumière aveuglante d’une lampe torche lui éblouit les yeux. C’est elle ...

Banlieue d’Alger, 1957.

Le prologue se déroule durant la guerre d’Algérie. Cette femme retenue prisonnière n’a qu’une idée en tête, mourir. Mais ce que son esprit voit comme une délivrance, son corps le lui refuse. Elle n’a même plus la force de mettre fin à ses jours. Et, dans les méandres de ses pensées, une voix lui susurre des vers, elle pense à « lui ». Lui, qui d’après ses bourreaux est mort. Mais elle voit la nuit éternelle la saluer enfin, lorsque ce lieutenant surnommé « le diable » ordonne à un soldat de tuer cette « putain d’Algérienne ». Court mais intense, il sème en moi le trouble et se révèlera déterminant pour la suite de ma lecture.

Le début de l’histoire se met en place lentement. Julie Waeckerli nous présente successivement une flopée de personnages, créant ainsi un immense labyrinthe où quasiment chaque individu est susceptible d’être le tueur potentiel. L’enquête policière est menée de manière habile, cependant le nombre de personnages –une centaine dixit l’auteure- forme un dédale immense, plus qu’il ne faudrait à mon humble avis.

Et au milieu de tous les acteurs de ce roman, il y en a un : Berti. Ce passionné de littérature, qui confond parfois la vie avec les livres, entretient une relation particulière avec Nelly, sa petite-fille de cœur. Ce vieil homme amnésique de 76 ans est atteint de la maladie d’Alzheimer, et c’est à elle que dans de brefs moments de lucidité, il raconte des pans de son passé. Affecté à la 10ème division des parachutistes au service des renseignements, c’est l’enfer qui débute mais pas que ... La guerre d’Algérie laissera une empreinte indélébile à cet homme à travers les horreurs que sont la violence et la torture mais paradoxalement à travers l’amour, car il y fera une rencontre hors du commun, celle de son âme sœur. J’ai ressenti de vifs sentiments pour ce vieil homme : empathie, compassion, douleur, chagrin, bonheur et obstination pour n’en citer que quelques-uns, et là où j’aurai pu m’égarer, avec cet excès de personnages, celui-ci s’empare de moi et simultanément au prologue accroît mon désir d’avoir le fin mot de l’histoire.

Je dois te raconter une histoire petite princesse, car si je ne te dis rien, je vais l’oublier et elle sera perdue … C’était en 1952 … Une désagréable sensation s’empara de Nelly. Berti avait le regard vide, voilé par un nuage gris presque hypnotique. Sa voix avait perdu son éloquence communicative. Ses propos étaient mornes, inhabituels, comme s’il se démenait pour formuler son récit … Cette fois, aucun livre n’avait dicté cette histoire au vieil homme. C’était la sienne …

Cette partie du livre m’a totalement séduite, plus que celle placée sous le signe de l’ésotérisme où des adolescents en mal d’occupation se retrouvent pour des séances de spiritisme. Mais si c’est dans la guerre d’Algérie qu’on trouve la source de l’histoire, c’est à travers ce groupe d’adolescents à la recherche de l’identité du tueur que progresse l’intrigue, et je dois bien reconnaître que Julie Waeckerli m’a tout de même menée par le bout du nez sur 692 pages, ce qui n’est pas une mince affaire.

LE BRAS DU DIABLE aurait mérité un casting un peu plus allégé sur la partie enquête, mais le début accrocheur, la sensibilité développée par l’auteure dans tous les chapitres évoquant la guerre d’Algérie et le dénouement remarquable font de ce premier roman un coup d’essai qui a frôlé le coup de cœur.

Je vous conseille vraiment de découvrir cette jeune auteure qui recèle de grandes qualités d’écriture.

LE BRAS DU DIABLE de Julie Waeckerli

LE BRAS DU DIABLE

Julie WAECKERLI

Les Nouveaux Auteurs

692 pages

Site de l'auteure

Blog de l'auteure

Julie Waeckerli est née en 1991 à Altkirch (Alsace). Elle a toujours été une férue d’écriture. Petite, elle rêvait de devenir « écrivain-poète », mais c’est au collège Sainte-Ursule (Riedisheim) que ce rêve est devenu un objectif à part entière. Au lycée Pasteur de Strasbourg, elle était inscrite dans une filière sport-étude, car elle pratiquait le saut en hauteur au CREPS d’Alsace. Le soir, elle m’improvisait journaliste en composant le journal de son lycée et de son internat. C’est aussi à cette période qu’elle a commencé l’écriture de son roman. En 2008, ses résultats scolaires et sportifs lui ont permis d’obtenir le Prix National de l’Education, remis à Paris par le Ministre de l’Education (Xavier Darcos) et le Président de l’Académie des sports (Emmanuel Rodocanachi). Son Bac L en poche, elle s’est inscrite à la Faculté de Philosophie de Strasbourg, où elle s’investit également dans la vie associative. Toutes ces années, elle n’a jamais cessé d’écrire. La spiritualité et l’ésotérisme la passionnent, ainsi que la psychologie, la morale et la métaphysique. Le bras du diable est son premier roman, elle a mis quatre ans à l’écrire. Elle est d’ores et déjà en train de poser la trame de son second thriller.

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